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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 06:58

 

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Celles et ceux qui me suivent depuis le début le savent : j'ai fait le choix depuis la création de ce blog en novembre 2010 de vous parler du burn-out sous toutes ces formes : maternel, parental, professionnel.

Une façon comme une autre de faire de la prévention et de contribuer, à ma modeste échelle, à mieux faire connaître les processus qui conduisent à ces épisodes d'épuisement : savoir de quoi on parle précisément, apprendre à repérer les premiers signes pour pouvoir réagir au plus vite, reprendre espoir aussi grâce à des témoignages de femmes et d'hommes qui ont réussi à reprendre pied.

Comme dans ce billet d'août 2013, Burn-out maternel : quelques pistes pour s'en sortir, ou encore à travers les témoignages de Juanita ou d'Amélie...

Plus récemment enfin, en octobre dernier, je relayais ici même la parution du livre de Liliane Holstein, Le burn-out parental.

Suite à la parution de ce billet, nous avions, Liliane et moi, échangé à plusieurs reprises par téléphone et par mail. C'est avec grand plaisir qu'elle a accepté cette interview et c'est avec plus de plaisir encore que je l'accueille ici.

***

 

Bonjour Liliane,

Merci infiniment d’avoir accepté cette interview.

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ? Comment s’est-il imposé à vous ?

Depuis le début des années 2000, le nombre de parents venant consulter pour des difficultés à gérer leurs enfants, n’a cessé de s’accroître.

Mais depuis 4 ou 5 ans, j’ai senti une accélération  dans ce sentiment de désespoir de nombreux parents, accentué par une sensation de débordement dans tous les paramètres de leur vie parentale.

J’ai senti un tel désarroi chez de nombreuses mères, mais aussi beaucoup de pères, qu’il m’a semblé important d’écrire ce livre pour les aider à comprendre ce qui ce passe et trouver le  moyen de s’en sortir tout en retrouvant une vraie joie dans cette parentalité.

 

Quels retours avez-vous eus depuis la parution du livre ? Certaines réactions, positives ou négatives d’ailleurs, vous ont elles surprises ?

Les retours sont très positifs et je reçois de nombreux témoignages de parents qui se sentent mieux, moins culpabilisés et qui reprennent confiance en eux.

C’est comme si le tabou du burn-out parental commençait à tomber. Les parents osent en parler entre eux, échangent des idées, des conseils. C’est comme s’ils se regonflaient en confiance, en estime d’eux-mêmes.  Ils se sentent plus forts, moins dépourvus.

 

Avez-vous l’impression, dans votre pratique de psychanalyste, que le burn-out parental est un phénomène en progression ? Si oui, comment l’expliquez-vous ?

Oui effectivement, comme je l’indiquais dans la première réponse, le phénomène est en augmentation ultra rapide. Le burn-out parental est en train d’évoluer comme une traînée de poudre. 

Rien n’est fait pour faciliter la vie des parents. La vie professionnelle est de plus en plus stressante et pèse énormément sur le moral. La peur sous-jacente de perdre son emploi, les objectifs impossibles qui sont demandés dans les entreprises génèrent une tension interne très puissante, entrainant un manque de confiance en soi et une fragilité psychologique face à l’avenir.

La fatigue du quotidien, les routines, l’obligation de tout faire très vite, de zapper d’une chose à l’autre sans jamais rien approfondir, fragilise la résistance nerveuse et donne une sensation de perte de sens. Les couples prennent de la distance, chacun se retranche dans sa bulle. Toutes ces failles, les enfants les ressentent instantanément. Ils sont inquiets, tout en ayant l’impression de ne pas trouver leur compte  d’attention, de tendresse et de sécurité psychologique (et le fait de les sur-gâter matériellement n’arrive pas à les apaiser).

Ils manifestent leur inquiétude par des caprices, des problèmes de comportement, un rejet de l’autorité, des problèmes somatiques, des troubles de l’alimentation, du sommeil, des difficultés à l’école, des colères, de la violence, etc.

En fait, ces enfants ne savent plus comment alerter leurs parents sur le besoin de les sentir cohérents, assez solides pour les protégés de leurs propres pulsions internes agressives. Les enfants veulent des parents qui sachent les cadrer, les rassurer, prendre le temps de vraiment leur parler, leur apporter de la vraie tendresse.

Les enfants sont eux-aussi en quête de sens de la vie.

 

Comment prévenir au mieux, selon vous, le burn-out parental ?

En ralentissant le rythme pour soi et pour les enfants,

Cesser de se donner des challenges épuisants,

Se coucher tôt, avec un bon livre, oublier son smartphone, internet et son ordinateur, pour passer une soirée toute douce, à se parler vraiment, à  se détendre ensemble,

Avoir le temps de prendre soin de son couple, se rapprocher dans la tendresse. Se souvenir du rêve initial que vous aviez fait dans le début de la relation,

Accepter de demander de l’aide, à la famille, à des proches pour garder les enfants une soirée, un week-end pour souffler, se retrouver,

Avoir des activités à soi,

Sortir entre amis, sans les enfants, afin de pouvoir se détendre vraiment, et de parler sans être interrompu à chaque instant,

Se rappeler que l’adulte c’est VOUS et non pas l’enfant. Il n’est pas un adulte miniature.

 

A quels signes, ou symptômes, reconnait-on qu’une mère est en plein burn-out maternel ? Et chez les pères ?

Une mère en plein burn-out est souvent obsédée par la perfection sur tous les paramètres de sa vie de famille. Elle mène souvent tout son petit monde à un train d’enfer en croyant bien faire. Sans s’en rendre compte, elle s’épuise, sans pouvoir arrêter les exigences qu’elle se fixe et qu’elle fixe parfois à son entourage.

Elle oscille entre des sentiments d’amour fou, d’abnégation complète pour sa famille, puis le rejet, la sensation que ses efforts ne sont pas reconnus à leur juste valeur.

Elle se surprend à ne plus savoir s’exprimer autrement qu’en criant. La violence et souvent aussi présente.

Le père se sent perdu, il a l’impression que ses enfants, son couple lui filent entre les doigts. Il ne gère plus rien. Se réfugie dans le travail, son ordinateur, internet, les réseaux sociaux, du sport à outrance, mais aussi dans des addictions (alcool, médicaments, drogues,…). Nombreux pères en burn-out parental,  ne rêvent que d’une chose : fuir.

 

A quoi tiennent ces différences entre les pères et les mères ?

Ce sont les mères qui portent les enfants et tout naturellement, ils ont tendance à la solliciter en premier. Par ailleurs, les femmes se sentent rapidement coupables à la moindre occasion. Cela les fragilise beaucoup.

Elles peuvent avoir besoin inconsciemment de prouver à leur famille d’origine (mère, père, fratrie), qu’elles sont à la hauteur de leur tâche, voire même qu’elles sont capable de faire beaucoup mieux que leurs propres parents.

C’est une pression supplémentaire. Il y a un devoir de résultat, une obligation de réussite. Si les enfants deviennent un enjeu narcissique, ils le sentent et refusent inconsciemment de jouer ce rôle par des attitudes hostiles, de la désobéissance, etc.

Les pères sont sidérés et effondrés de voir la tournure que prend leur vie de couple et de parents. C’est plus la déception, la fatigue chronique, mais aussi l’impression de ne plus s’appartenir qui les dépriment gravement.

 

Quels premiers conseils donneriez-vous à une mère ou à un père qui pense être en burn-out parental ? Quel est le premier réflexe (s’il en existe un) à avoir ?

Le premier conseil est d’oser parler de sa tristesse, de son sentiment d’épuisement physique et moral. Il faut en parler à son conjoint, ses amis, sa famille, son médecin.

C’est un bon moyen de sortir de son isolement et de sa culpabilité envahissante.

Et surtout accepter d’être aidé(e), secondé(e).  Accepter de ne pas être héroïque en tous points.


 

Le burn-out parental LilianeHolstein-Editions Josette Lyon


 

On invite souvent ces parents à oser demande de l’aide auprès de l’entourage. Comment faire concrètement quand la famille est loin ou absente, qu’on élève seul(e) son ou ses enfants ou que le conjoint n’est pas disponible ? Quelle(s) alternative(s) quand on ne peut pas s’appuyer sur l’équation conjoint/famille/amis ?

Communiquer sur des blogs, pour pouvoir parler avec d’autres parents et ne pas se sentir seul(e). Cela permet de relativiser, de se déculpabiliser. Lire des livres qui donnent de bons conseils. J’ai voulu écrire ce livre justement pour venir en aide à tous ces parents qui perdent pied et qui n’ont plus confiance en eux.

Et parler vrai aux enfants, en leur expliquant que vous allez avoir besoin de leur attention, qu’ils en sont capables. Il y a une différence entre culpabiliser et responsabiliser. Même des très jeunes enfants peuvent comprendre si on prend la peine de leur expliquer pourquoi l’on ne se sent pas bien.

Lorsque l’on vit seul(e) avec ses enfants, il est possible de souffler, en les laissant partir en colonies de vacances. Ils apprécieront grandement, de vivre autre chose avec d’autres humains que leur parent.

 

Est-il possible de s’en sortir seul(e) (j’entends, sans l’aide d’un spécialiste) ?

C’est difficile de le faire sans l’aide d’un spécialiste du problème, car des résistances inconscientes font barrage à la compréhension et l’analyse de la situation. Il est indispensable de demander de l’aide à son entourage, mais également à son médecin ou à un thérapeute.

Pour conclure sur une note positive, le fait d’avoir repris pied après un burn-out parental nous change-t-il définitivement et nous rend-il plus fort ?

C’est incontestable, car cette période oblige à faire un état des lieux concernant sa vie.

Inévitablement, il faut se poser la question du sens que l’on veut donner à sa vie sur le plan qualitatif.  A la suite de ce burn-out, nombreux parents recadrent les relations familiales. Parfois, un véritable virage professionnel s’opère, les couples apprennent à se reconnecter, à se retrouver. De ce point de vue, cette dépression parentale peut rendre plus fort. On s’interroge beaucoup sur soi et par conséquent on apprend à mieux se connaître.

 

Merci Liliane !

 Un grand merci à vous !

 

Le burn-out parental, 2014, Josette Lyon - 19 €

 

 

 


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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 07:00

 

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"- Si vous avez l'impression de vivre en apnée, 

- d'être condamné(e) à réussir, 

- de réunir toutes vos forces pour réaliser comme un robot toutes les tâches qui vous sont demandées journellement, 

- si vous vous sentez asséché(e) sans la moindre énergie à l'injecter dans des sourires et encore moins dans des activités joyeuses et ludiques avec les enfants, 

- si l'idée même d'embrasser votre conjoint, de le ou la prendre dans vos bras vous semble au-dessus de vos forces,

... alors pas de doute, vous frisez l'état de crise et l'épuisement que l'on nomme le BURN-OUT PARENTAL"

(Liliane Holstein).

 

Je viens de terminer la lecture du livre de Liliane Holstein, Le burn-out parental, paru en septembre 2014 aux Editions Josette Lyon.

Voici bientôt 4 ans que je parle ici, dès que l'occasion se présente, du burn-out maternel et de la façon dont on peut le prévenir. Mon dernier billet en date, Burn-out maternel : quelques pistes pour s'en sortir, publié en août 2013, avait d'ailleurs connu un vif succès.

Mais ce qui a immédiatement attiré mon attention, c'est le titre même de ce livre copieux (323 pages), Le burn-out parental, et son sous-titre, Surmonter l'épuisement et retrouver la joie d'être parents.

En effet, c'est la première fois, depuis que je travaille sur cette thématique, qu'il est question de burn-out parental et non de burn-out maternel.

Pour mémoire, la première à avoir théorisé sur ce syndrôme d'épuisement si particulier est Violaine Guéritault avec son livre de référence, La fatigue émotionnelle et physique des mères, paru en 2004 chez Odile Jacob.

Autre livre marquant sur le sujet : le témoignage de Stéphanie Allenou avec la parution de Mère épuisée, un succès de librairie réédité en livre de poche et paru en mars 2011.

Mais peut-on véritablement parler de burn-out chez les pères ?

Probablement, même si je n'en ai personnellement jamais croisé. Toutefois, et avec tout le respect que je porte à la fonction paternelle et aux rôles des pères, je ne peux m'empêcher en débutant ma lecture de rester un tantinet sceptique. 

Psychanaliste pour adultes et enfants à Boulogne-Billancourt, l'auteure décrypte patiemment le phénomène de "la dépression liée à l'épuisement parental" et démonte les rouages de la mécanique infernale du "burn-out parental", signal d'alarme d'un malaise familial global.

Elle évoque également au fil des pages le baby-blues du père, ou encore, l'adaptation du père, avant d'aborder plus spécifiquement les signes de burn-out chez les mères, puis les signes de burn-out chez les pères.

Un stress parental multiforme donc, qui s'exprime différemment, selon que l'on soit mère ou père. Vu sous cet angle, en effet, l'épuisement est ici bien parental et non plus seulement maternel.

 

Le-burn-out-parental-LilianeHolstein-Editions-Josette-Lyon.jpg

 

Au-delà de ce focus, l'auteure propose des pistes intéressantes pour "reprendre les rênes de sa vie", à travers les différentes périodes de la vie d'un enfant jusqu'à l'adolescence, "zone rouge pour le moral des parents".


Parmi elles, je retiens cette proposition posée sous forme d'interrogation : "Et si l'on en finissait avec cette fichue histoire du soir ?" :

"Depuis les années 80, les enfants se sont habitués à accepter d'aller au lit chaque soir, avec l'exigence de la lecture d'une histoire par l'un ou l'autre des parents. Cette habitude qui n'existait pas pour les générations précédentes, bien évidemment, peut représenter un moment privilégié avec l'enfant et la plupart des adultes s'y prêtent volontiers... (...)

Il faudra aller puiser dans les miettes du reste de son énergie, pour reprendre le lutin par la main, le raccompagner dans son lit et s'entendre dire: "Encore une histoire, avant de dormir !" Pendant ce temps, l'horloge continue sa course et le conteur trépignant près du lit de l'enfant raconte une énième histoire au pas de course. L'autre parent a terminé son repas seul et enfin, quand ils se retrouvent, tous deux, épuisés, c'est pour aller se coucher ou s'effondrer exténués devant la télé.

Alors pourquoi ne pas révolutionner le rituel de cette fichue histoire du soir et la remplacer par un câlin, des paroles tendres échangées avant d'embrasser l'enfant et de le laisser lire lui-même un de ses livres préférés, avant de s'endormir ?

Le temps gagné sur l'histoire du soir peut être remplacé par un bon moment en début de soirée où l'on se détend ensemble quand tout le monde est rentré. Un temps où il n'est question ni des contraintes, ni de l'école, juste une parenthèse où l'on peut jouer ensemble, rire, chahuter gentiment, se câliner tranquillement.

Etre vraiment ensemble.

Le couple y gagnera chaque soir une heure pendant laquelle, il sera possible d'avoir des conversations d'adultes et un espace pour partager une vie de couple avant l'extinction des feux".


Un conseil plein de bon sens et de sagesse, qui permettra, je l'espère, à de nombreux parents de moins culpabiliser et de lever un peu le pied en fin de journée, comme je le soulignais déjà dans mon billet de décembre 2011,  Le soir, on fait relâche !

 

Le burn-out parental, Liliane Holstein, 2014, Josette Lyon

 

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 06:00

Burn-out maternel

 

Vous êtes constamment fatiguée, vous n'arrivez plus à faire face  et vous pensez être simplement débordée ? Avant d’aller plus loin, vous devez d'abord vous assurer que vous n’êtes pas en état de « burn-out » ? Etre débordée, c'est une chose. Etre épuisée et au bord de la rupture, c'est une autre histoire.

Si vous avez l'impression, après avoir lu quelques articles sur la question, d'être en plein burn-out, il est préférable dans un premier temps que vous alliez consulter votre médecin traitant ou un(e) psychologue. Il est en effet difficile de sortir du syndrôme d'épuisement maternel seule, sans l’aide d’une personne compétente. Il n’y a aucune honte à accepter de se faire aider quand on en ressent le besoin, bien au contraire.

Si vous sentez que vous n'en êtes pas à ce stade, tant mieux. Néanmoins, il est possible que vous n’en soyez pas loin et qu’il soit nécessaire de prendre les devants. Soyez vigilante : le burn-out s'installe dans votre vie de manière insidieuse, sans faire de bruit. Mieux vaut ne pas lui ouvrir la porte et le laisser à l'extérieur de votre vie…

 

Help Google : « maman 3 enfants, fatiguée, burn-out  ! »

Je suis souvent effarée de constater, quand je consulte les statistiques de mon blog, le nombre de mots-clés saisis dans Google par les lecteurs (lectrices le plus souvent), se référant de près ou de loin au burn-out maternel : « maman fatiguée – burn-out maternel, solutions – Maman en burn-out, que faire ? – Maman, 3 enfants, fatigue – etc… ».

Voilà bientôt 3 ans que j’ai lancé mon blog et je ne m’y habitue pas car la détresse de ces mamans est palpable. Elles sont dans une recherche désespérée des solutions et on sent bien, à travers ces quelques mots lancés comme des bouteilles à la mer, combien elles se sentent seules face à leurs difficultés, ce qui ne fait qu’accroître l’impuissance que je ressens parfois face à ces mères démunies.

Pour pallier ce sentiment d'impuissance et de frustration, deux questions n'ont de cesse de me tarauder :

  • Comment prévenir au mieux le burn-out maternel ?
  • Et surtout, que faire concrètement quand le burn-out s'est installé ?

 

Mère épuisée : un témoignage qui brise un tabou

Vous avez probablement déjà entendu parler du burn-out maternel, encore méconnu en France jusqu’à il y a peu. La presse écrite et télévisuelle s’en est largement fait l’écho ces deux dernières années.

La parution en mars 2011 du livre-témoignage de Stéphanie Allenou, Mère épuisée (2011, Editions Liens qui Libèrent), y est pour beaucoup.

Stéphanie Allenou, maman de trois enfants rapprochés (dont deux jumeaux), nous raconte son expérience personnelle et nous confie, avec beaucoup de pudeur et d’honnêteté, « son » burn-out. 

Le livre est un succès largement repris par les médias nationaux : en contribuant à mieux faire connaître le burn-out maternel, il brise un tabou et libère la parole de centaines de femmes aux quatre coins de la France. Chacune retrouve dans le récit de Stéphanie un bout de son histoire, reconnait ce qu’elle a elle-même vécu et peut enfin mettre des mots sur sa souffrance. Chacune se rend compte, surtout, qu’elle n’est pas seule (contrairement à ce qu’elle croyait), qu’elle n’est pas folle (contrairement à ce qu’elle croyait) et que de nombreuses autres femmes vivent exactement ce qu’elle vit.

Stéphanie Allenou raconte le moment précis, je dirais précieux, où elle a pu, après de longues recherches sur Internet, mettre des mots sur sa souffrance :

« Je commence à passer des heures sur Internet. Je tape sur des moteurs de recherche « jumeaux et maltraitance », « mère, dépression et jumeaux », « couple et jumeaux »… Un jour, je tombe sur des chiffres, de vraies études, des articles riches et détaillés. C’est un choc. Je pleure. Je pleure enfin. Je pleure, seule dans mon salon, devant mon ordinateur qui me dit que ce que je vis est reconnu par d’autres, des professionnels qui se sont penchés sur ces questions."

 

Une reconnaissance tardive

Je m'attarderai peu ici sur la définition du burn-out, sur ses causes et ses conséquences, préférant vous renvoyer à l'ouvrage de Violaine Guéritault qui fait loi en la matière : La fatigue émotionnelle et physique des mères.  

Après avoir mené une thèse sur le burn-out aux Etats-Unis tout en donnant des cours de psychologie à l’université et en élevant ses deux enfants, Violaine Guéritaut compare l’expérience de nombreuses femmes, des deux côtés de l’Atlantique, à la sienne et se rend compte qu’il existe "une profession exigeante mais non reconnue, répétitive mais demandant un sens de l'improvisation, souvent épuisante mais pratiquemment sans vacances : celle de mère".   

Ainsi, ses travaux de recherche l'ont amené à faire le parallèle entre le burn-out professionnel, « cet état d’épuisement observé d’abord chez les infirmières et les travailleurs sociaux, mais qui peut aussi toucher tout professionnel surmené dans un environnement de travail qu’il ne contrôle pas », et ce que peuvent vivre certaines mères au bout du rouleau, en particulier quand elles sont mères au foyer.

On y est. Voici enfin le premier livre qui « reconnait », en 2004 seulement, l’existence du burn-out maternel.

François Lelord, psychiatre, qui signe la préface du livre, est explicite : « Ce livre est le résultat de cette illumination : le burn-out menace aussi les mamans. Mais comment, dira-t-on, on ne va pas transformer aussi les mères en victimes ! Mettre au monde des enfants des enfants et les élever, n’est-ce pas le véritable épanouissement d’une femme, sa plus noble mission sur terre, et comment pourrait-elle se plaindre de passer tant de temps avec ses chers petits anges ? (…) Une maman se doit d’être parfaite. Et éprouver lassitude, épuisement, colère, indifférence, lui donne vite le sentiment d’être une mère indigne. C’est encore plus vrai pour celles qui ne travaillent pas, culpabilisées déjà par leur statut de mère au foyer, et supposées s’occuper de leurs chers petits dans une continuelle félicité. »

 

De quoi parle-t-on ?

Le burn-out désigne un état d’épuisement psychologique, émotionnel et physiologique. En anglais courant, to burn-out signifie : s'épuiser, s'user. C'est la fin de combustion, comme une bougie qui est en train de s'éteindre…

Bien qu’appartenant à la même famille, le burn-out se différencie du stress car il résulte de l’accumulation de stresseurs variés, caractérisés par une intensité modérée et un aspect chronique et répétitif : « Le burn-out est ainsi quelque peu comparable au montant total d’une longue addition », précise Violaine Guéritault.

Ses symptômes sont d'abord un état d'épuisement à la fois émotionnel et psychique. Un manque total d'énergie. Ensuite, une attitude négative ou détachée vis-à-vis de la source de stress (dépersonnalisation, distanciation). Enfin, une autocritique constante avec une sous-estimation de ses capacités ayant pour résultat une baisse de la "productivité", voire une activité réduite au minimum.

 

Que peut faire l’entourage ?

L'entourage joue un rôle-clé dans le mieux-être  de la maman atteinte de burn-out. Comme le dit très justement Stéphanie Allenou dans son livre-témoignage, "c'est très bien de leur conseiller d'aller chercher de l'aide auprès des services compétents mais il faut en faire plus : leur mettre en main le numéro de téléphone d'un contact fiable". 

 

Concrètement, comment l'aider ?

Tout d'abord en ne sous-estimant pas la détresse dans laquelle se trouve sa conjointe/sa fille/sa belle-fille/son amie : elle ne simule pas, elle n'exagère pas, elle souffre réellement et a besoin d'aide.    

Mais encore ?

 

Son conjoint d'abord :

  • en allégeant son "fardeau" et en lui apportant un vrai soutien dans les tâches du quotidien, qu'elles soient domestiques ou parentales, ou si celui-ci est absent ou trop accaparé par son travail, en compensant ce manque de soutien logistique par une aide extérieure.

 

  • en se rendant suffisamment disponible sur un plan psychique pour lui accorder écoute, attention et compréhension, ce dont elle a profondément besoin.

 

  • en reconnaissant le travail accompli par elle dans la journée si elle est mère au foyer ou dans le cadre de sa "double journée" si elle travaille à l'extérieur.

 

 

 

Sa famille (si elle habite à proximité) :

  • en prenant les enfants en charge de temps en temps pour la soulager et lui permettre de se reposer et de recharger les batteries.

 

  • en lui apportant également écoute, attention ET compréhension (et donc en évitant les remarques culpabilisantes du type : "Tu les as voulus, maintenant tu assumes !" ou encore "De mon temps, on y arrivait bien !").

 

 

Ses ami(e)s :

  • en se proposant spontanément pour prendre les enfants, le temps d'une soirée en amoureux par exemple, ou d'une "journée-off" ("off" = sans enfants).

 

  • en organisant des sorties sans enfants, entre adultes, par exemple un dîner/un ciné entre amis       sans les enfants.

 


Alors, que faire en cas de burn-out ?

   

1-  Oser demander de l'aide :

Ne restez pas seule et acceptez toutes les mains tendues. Mieux encore, allez chercher de l'aide là où vous pourrez en trouver. Auprès de vos proches, auprès de vos amis. Mettez votre fierté dans votre poche et osez dire que cela ne va pas, que vous n'y arrivez plus, que vous avez besoin d'aide.

N'hésitez pas à en parler à votre médecin traitant et à lui dire que vous êtes au bout du rouleau. Votre fatigue peut aussi être liée à des carences (fer, vitamine D ?) qu'une simple analyse de sang pourra déceler. Tâchez avec lui d'éliminer toutes les pistes. A défaut, il pourra également vous orienter vers un psychologue.

Vous pouvez également en parler à votre pédiatre, qui connait bien vos enfants et avec lequel, généralement, vous avez noué une relation de confiance, ou à votre sage-femme qui vous a accompagné durant votre grossesse si vous êtes jeune maman. Elle saura mieux que quiconque vous épauler et vous donner de précieux conseils. 

Enfin, le centre de PMI (Protection Maternelle et Infantile) le plus proche de chez vous pourra également vous écouter, ou tout au moins vous orienter vers des structures compétentes.

 

2- Rompre l'isolement :

Les mamans qui souffrent de burn-out, en majorité des mères au foyer ou en congé parental, se sont peu à peu coupées du monde et se retrouvent souvent complètement isolées, "coincées" entre les quatre murs de leur maison, avec leurs enfants pour seuls interlocuteurs.

Si vous partagez ce sentiment d'isolement, le fait de pouvoir exprimer votre ressenti, d’échanger et de partager vos difficultés avec d'autres mamans vous permettra de constater que vous n'êtes pas seule et que d'autres mamans vivent ce que vous vivez.

Il existe partout en France des lieux d'accueil parents-enfants, des groupes de parole ainsi que des structures gérés par des psychologues et qui ont pour but d'accompagner les parents en difficulté.

Ces lieux, pour la plupart gratuits, sont ouverts aux enfants âgés de moins de six ans accompagnés de leur(s) parent(s) ou d'un adulte familier pour participer à des temps conviviaux de jeux et d'échanges. Des professionnels formés à l'écoute sont présents pour assurer l'accueil des familles. Ils constituent souvent une parenthèse durant laquelle le parent peut souffler un peu. Comme le dit si joliment le Conseil Général du Gard, côté parents, c'est un lieu où on peut "poser ses valises", parler du quotidien et échanger avec d'autres parents. Côté enfants, on peut y jouer et rencontrer d'autres enfants.

Globalement, n'hésitez à rechercher sur Internet ou via des réseaux de soutien à la parentalité (comme l'Ecole des Parents www.ecoledesparents.org) s'il existe d'autres ressources et du soutien près de chez vous.

Vous trouverez dans un prochain billet quelques ressources et adresses utiles à propos du burn-out maternel.

 

Créez votre propre réseau de mamans !

Pour sortir définitivement de l'isolement, consultez les forums de certains sites dédiés aux mamans, comme Magicmaman.com, Aufeminin.com, Doctissimo.fr ou Paroledemamans.com et tentez de lier connaissance avec des mamans habitant près de chez vous.

Rencontrez-vous, créez des "pauses-cafés" entre mamans, organisez des sorties avec ou sans enfants, échangez vos bons plans, faites du troc, organisez un vide-grenier, créez et animez ensemble une page ou un groupe Facebook, lancez-vous dans la rédaction d'un blog et développez votre propre communauté… Bref créez et animez votre propre réseau, partagez, échangez, sortez !

 

En prévention

 

Au quotidien et en prévention, je vous invite de mon côté à appliquer les pistes que je présente dans ce blog et qui résulte le plus souvent du bon sens (comme celle de prendre régulièrement du temps pour soi, d'être à l'écoute de ses propres besoins, ou encore de mettre en place une meilleure répartition des tâches au sein de votre organisation familiale), mais que nous avons souvent tendance à oublier et à mettre au second plan de nos priorités.

 

Le fait de vous placer au cœur de vos priorités ne fera pas de vous une personne égoïste et centrée sur elle-même mais au contraire, une personne équilibrée, bien dans ses baskets et de nouveau disponible.

Pour votre entourage bien sûr. Mais aussi et surtout pour vous.

 

Pour en savoir plus sur le burn-out maternel, deux livres : 


La fatigue émotionnelle et physique des mères, de Violaine Guéritault (2004, Odile Jacob)


 - Mère épuisée de Stéphanie Allenou (2011, Editions LLL  - Réédité en livre de poche, 2012, Marabout)



 

 

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 14:30

Allô Parents Bébé 

 

"Quand les parents ne savent plus quoi faire, ils savent qui appeler." 

Vous êtes débordée, seule face à votre bébé ? Vous vous posez des questions sur l'allaitement, sur son alimentation ou ses troubles digestifs ? Vous ne savez pas comment réagir face à ses pleurs ?


Je me suis rendue compte au fil des rencontres que je fais dans le cadre de Zen & Organisée que de nombreux jeunes parents ne connaissent pas Allo Parents Bébé.

Il s'agit pourtant d'un numéro Vert (donc gratuit) créé en février 2008 par l'association Enfance et Partage, avec le soutien de l'AP-HP. Au bout du fil, des professionnels de la santé et de la petite enfance (psychologues, infirmières, puéricultrices) dotés d’une formation et d’une expérience reconnues dans le domaine de la périnatalité, vous prodigueront les meilleurs conseils.


Premier numéro Vert d'aide et de soutien à la parentalité, ce service anonyme et gratuit (depuis un fixe) fonctionne le lundi, mardi et jeudi de 10h à 20h, le mercredi de 10h à 13h et de 17h à 20h, et le vendredi de 10h à 17h.

Le bilan de fonctionnement d’Allô Parents Bébé montre à l’évidence que ce service répond à un besoin réel de notre société. En 4 ans, les appels au 0800 00 3456 ont permis à l’équipe d’Allô Parents Bébé de soutenir près de 20 000 jeunes parents désemparés, voire dépassés par l’arrivée d’un bébé dans leur vie, et de les aider à trouver en eux les ressources pour construire ce lien nouveau : le lien parental.

 

Dans quels cas appeler Allo Parents Bébé ?

- Vous êtes inquiets et vous vous sentez débordés, démunis face à de nouvelles situations que vous pensez ne pas maîtriser ?

- Vous avez un doute, une question ou tout simplement besoin de parler de votre relation avec votre bébé ?

-  Vous ne savez pas à qui parler, ni comment en parler ?

 

Retrouvez ici mon intervention à propos d'Allo Parents Bébé diffusé ce matin même sur les ondes de France Bleu Hérault pour la chronique "On s'occupe de vous" de Léopoldine Dufourhttp://www.francebleu.fr/consommation/la-vie-en-bleu-sur-france-bleu-herault/la-vie-en-bleu-aod-61


France Bleu Herault

 

 Allô Parents Bébé : 0 800 00 3456

http://www.alloparentsbebe.org/

 

 

 

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 05:32

F comme fatigué blog En Aparté

 

Je n'ai pas résisté à l'envie, cet été, de participer au dictionnaire collaboratif du blog de Gaëlle Picut, En Aparté, dédié à la conciliation vie professionnelle / vie personnelle.

Chaque année depuis 2010, Gaëlle lance une rubrique spéciale durant l'été et cette année, elle a eu la très bonne idée de nous proposer de participer à un projet collaboratif : la rédaction commune d'un "dictionnaire hétéroclite de la conciliation vie privée / vie professionnelle".

J'avais le choix entre le S comme Sérénité, le E comme Emploi du temps, ou le  F comme fatigue, et sans hésitation, j'ai choisi de m'attaquer au F, tant la fatigue est un sujet qui me parle, en tant que maman d'abord, mais aussi dans le cadre de mon activité de consultante en organisation personnelle. La fatigue est une constante. Elle concerne toutes les mamans que j'accompagne, avec plus ou moins d'intensité.

Petit florilège des autres lettres du dictionnaire collaboratif :

- le O comme... Organisation

- le C comme... Complicité

- le F comme... Famille nombreuse

- le U comme... Ubiquité

- le A comme... Articulation

Bon lundi et belle semaine à vous !

 

 

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 12:52

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"Cadres débordés, employés submergés, écoliers sous pression, mamans surbookées... Enquête sur un mal qui frappe (presque) tous les Français."

Le magazine "Ca m'intéresse" de novembre 2011, qui vient de paraître, consacre son dossier central au stress et au burn-out.

Au sommaire :

- Que se passe-t'il dans notre corps quand on stresse ?

- Test : quel stressé êtes-vous ?

- Comment sortir de la spirale du stress chronique ?

- Qu'est-ce que le burn-out ?

- Que faire après un burn-out ? Faut-il s'arrêter de travailler ?

On y apprend notamment que 40 % des français se déclarent stressés, selon l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail et que selon l'OMS, en 2010, les trois pays où le burn-out fait le plus de victimes sont, dans l'ordre : les Etats-Unis, l'Ukraine... et la France.

Mais, plus surprenant encore, on découvre qu'"avoir une mère protectrice durant l'enfance réduit le taux de cortisol (hormone de stress) à l'âge adulte". En effet, selon le magazine, "en 2005, la revue Dialogues in Clinical Neurosciences publiait une étude canadienne sur deux groupes de jeunes rats. Les uns bénéficiaient d'une mère protectrice, les autres d'une génitrice peu attentionnée : le taux d'expression des récepteurs au cortisol était modifié chez les petits ayant des mères non protectrices, ce qui augmentait la sensibilité au cortisol dans le cerveau... Voilà qui est rassurant, non ?

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 17:27

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Billet d'humeur ce soir en ce 25 octobre 2011, jour de mon anniversaire (38 ans !)...

Chaque matin, ou chaque soir, quand j'ai 5 mn, je consulte les statistiques du blog, le nombre de visiteurs uniques, le nombre de pages vues, et surtout, surtout, la provenance des visiteurs.

Et je m'arrête en particulier sur la liste des mots-clés que vous avez saisie dans votre moteur de recherche favori, le plus souvent dans Google, et qui vous ont amené sur un article du blog de Zen & Organisée.

Et là, je découvre, tous les jours, une grande liste de mots-clés qui en disent long sur le quotidien des mères et sur la fatigue qui les accable..."Maman débordée, fatiguée", "Comment sortir du burn-out maternel ?", "fatigue de la rentrée", "maman et zen", "burn-out maternel symptômes", "mères épuisées", "burn-out maternel", "burn out maternel association", "Maman fatiguée", "Burn-out maternel des solutions", "maman de 4 enfants fatiguée", "maman de 3 enfants s'organiser", etc...

Autant de mamans qui semblent au bout du rouleau et qui cherchent des solutions, comme elles peuvent, à leur épuisement. Mais force est de constater que les solutions sont peu nombreuses ! Evidemment, se tourner en premier lieu vers son médecin traitant, en parler au pédiatre, au centre de PMI, à la sage-femme. Et après ? Se renseigner sur les lieux d'accueil parents-enfants de sa commune, ne pas hésiter à les appeler (je vais leur consacrer prochainement un article complet car encore trop peu de mamans connaissent ces lieux), à y aller. Ne pas rester isolées, rencontrer, échanger avec d'autres mamans mais au quotidien, ce n'est pas toujours facile...

J'aimerais pouvoir recenser une à une toutes les possibilités, toutes les solutions, quelles qu'elles soient, qui permettraient aux mamans de combattre leur fatigue.

Je me sens si solidaire et si proche de ces mamans car je ressens dans ma chair et dans mon coeur de maman leur désarroi et leur sentiment d'être seule face à leurs difficultés... J'essaie, très modestement, à travers Zen & Organisée, d'apporter ma petite pièce à l'édifice et mon soutien concret à quelques-unes d'entre elles mais j'aimerais pouvoir trouver des solutions pour chacune d'entre elles... 

Courage à toutes !

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 14:36

Cet entretien, recueilli par Ladane Azemour Bonnefoy, a été publié en novembre 2010 sur le site http://sante-az.aufeminin.com Pour mémoire, Violaine Guéritault est l'auteur de "La fatigue émotionnelle et physique des mères", paru aux Editions Odile Jacob en 2004. Ce fut la première à faire un lien entre le burn-out professionnel et ce que vivent les mères et à parler de "burn-out maternel".

 

Retrouvez le dossier complet avec 4 témoignages de mamans qui "racontent leur souffrance et les solutions qu'elles ont mises en oeuvre pour sortir de leur burn-out maternel" ici.  

Violaine Guéritault

Entretien avec Violaine Gueritault, docteur en psychologie.

Est-ce que les mères sont toutes égales face à cette fatigue émotionnelle et physique ?

Bien que toutes les mères soient susceptibles de faire l’expérience du burn out maternel, certaines mères sont plus vulnérables que d’autres pour plusieurs raisons :
> Les mamans solos : elles sont en tête de liste, car elles sont seules pour tout assumer. Elles n’ont jamais aucun répit et se retrouvent seules à gérer le quotidien quels que soient les problèmes qu’elles rencontrent. Les mamans solos ont en général peu de soutien social et encore moins de reconnaissance pour ce qu’elles font. Les soucis financiers sont très souvent un énorme problème qui vient rajouter au stress quotidien.
> Les mères qui ont peu de soutien social : même si elles ne sont pas mamans solos, les mères qui bénéficient de peu de soutien social sont très isolées et n’ont que très peu d’opportunités de recharger leurs batteries ou même de se faire aider au quotidien.

Est-ce qu’il y a une zone de vulnérabilité ?
Il y a en effet des zones de vulnérabilités qui contribuent à augmenter les chances qu’une maman soit confrontée au burn out maternel.
Bien qu’un seul enfant soit suffisant pour épuiser une maman et la propulser dans un burn out maternel, plus le nombre d’enfants augmente, plus une maman a des risques de s’y confronter.
L’absence du conjoint est aussi un facteur de risque très important car la mère doit alors tout gérer seule (elle est soit maman solo, soit une femme dont le conjoint est souvent absent pour son travail, ou bien simplement absent par manque d’intérêt de la part du père pour sa famille).
Les soucis financiers, le chômage, les problèmes de santé sont aussi des facteurs aggravants.

Est-ce que cela peut devenir dangereux ?
Oui, il y a en effet des seuils de gravité. Ces seuils sont souvent atteints lorsque le burn out maternel est présent depuis déjà un bon moment, et que les ressources émotionnelles et physiques de la mère sont de plus en plus faibles. Lorsque le burn out est présent depuis longtemps et que les facteurs de stress sont importants (bruit, manque de sommeil, etc.) Le premier risque est la maltraitance des enfants (physique, émotionnelle et verbale : syndrome du bébé secoué).

On peut arriver à des situations extrêmes...
La dépression est une autre conséquence qui peut s’avérer particulièrement grave et handicapante, si elle n’est pas traitée très sérieusement. Dans certains cas, une dépression non traitée peut s’aggraver au point de mener sa victime au suicide ou au meurtre de ses propres enfants par désespoir, et la conviction qu’elle est la pire des mères et qu’il faut qu’elle mette un terme a tant de dégâts. Heureusement de tels exemples sont rares mais de temps à autres, de tels cas se présentent.
Aux Etats-Unis en 2001, Andrea Yates noya ses 5 enfants parce qu’elle se croyait être une mère épouvantable qui avait ruiné la vie de ses enfants en raison de sa soi-disante incapacité à s’occuper d’eux correctement. En 2007, c’est la Belgique qui fut secouée par l’affaire Geneviève Lhermitte, qui tua ses 5 enfants elle aussi, car elle était au bout du rouleau...

Alors comment se sortir d’un burn out maternel ?
Il est très difficile, voire impossible, pour une maman de se sortir d’un burn out maternel, toute seule. La pire erreur qu’elle puisse faire, serait de rester isolée et de penser qu’elle peut s’en sortir par un simple effort de volonté.
Il faut que les mamans qui souffrent de burn out travaillent sur un réseau de soutien social en rencontrant d’autres mamans et en se tournant aussi vers leur conjoint si cela est possible et s’il y a une écoute compatissante de ce côté-là.

L’aide d’un psy est important…
Sortir de l’isolement, être écoutée (et comprise) de façon bienveillante peut faire toute la différence. Par ailleurs, si une dépression est présente, il faut que la mère soit réactive et demande de l’aide auprès d’un médecin mais aussi d’un thérapeute bienveillant avec qui « le courant passe » bien, et à qui elle pourra se confier sans crainte d’être jugée. Un soutien psychologique est essentiel dans ce cas pour faire le point et surtout pour couper court à la culpabilisation galopante que ressentent beaucoup de mères et qui les paralyse, et les enfonce dans leur isolement. Très important : lorsqu’une maman choisi un psy, il faut qu’elle choisisse quelqu’un qui lui correspond, avec qui elle se sente en confiance, comprise, accompagnée et non jugée, de manière à obtenir l’aide et le soutien dont elle a besoin.
Si le thérapeute est « dur », intransigeant ou culpabilisant, alors il lui faut choisir quelqu’un d’autre, car s’il n’est pas à la hauteur, il risque de faire plus de dégâts qu’autre chose. Par ailleurs, je pense que certains accompagnements (type coach maternel) peuvent être très profitables pour toutes les mamans qui sont en burn out maternel et un excellent point de départ pour rencontrer d’autres mamans qui font face au même problème.

Que pouvez-vous dire pour déculpabiliser ces mamans qui se sentent si « mauvaise mère » ?
C’est une sacrée question piège ! Il n’y a malheureusement pas de phrase magique qui puisse déculpabiliser les mamans en un coup d’un seul… Je crois pour commencer, qu’il faut que les mères sachent que contrairement à ce qu’elles pensent, elles ne sont pas seules à ressentir ce qu’elles ressentent. Je suis psy et je crois connaître le sujet un peu par cœur, et pourtant je tombe régulièrement dans le piège de la culpabilité. Ce qui me permet d’en sortir rapidement cependant, est que je connais le phénomène parfaitement, et que je suis consciente de tous les pièges dans lesquels je peux tomber, et dans lesquels je tombe en effet ! Cette conscience me permet de prendre du recul très rapidement, et de remettre les choses en perspective bien avant de perdre pied et que les choses ne dérapent.

Alors que faire ?
Ce que les mamans doivent absolument comprendre et accepter, est que le mythe de la mère parfaite si puissamment présent dans notre société, est seulement un mythe et qu’il est totalement irréaliste. Une mère ne sera jamais parfaite, et chaque fois qu’une mère se souvient et accepte cet état de fait, elle contribue à désacraliser ce mythe qui ne tient pas debout. Je pense que toutes les mamans devraient passer un peu de temps à s’efforcer de faire une liste de toutes les choses formidables qu’elles accomplissent au quotidien et qui passent malheureusement inaperçues aux yeux de beaucoup, y compris à leurs propres yeux. Mais par dessus tout, il faut que les mères cessent de penser qu’elles se doivent d’être des supermamans, des superwomen, des superfemmes, des super-épouses, et qu’elles apprennent à être douces, patientes et tolérantes vis-à-vis d’elles-mêmes, comme elles le sont la plupart du temps avec leurs chers petits…

À lire « La fatigue émotionnelle et physique des mères : le burn-out maternel », de Violaine Gueritault, Editions Odile Jacob.

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 22:00

 Stéphanie Allenou vient de publier ce mois de mars aux éditions Les Liens qui Libèrent un témoignage bouleversant sur sa vie de mère et ouvre une brêche sur le tabou encore tenace en France sur le burn-out maternel. Evidemment, je ne peux que vous encourager à le lire... J'espère avoir l'occasion d'interviewer Stéphanie Allenou très prochainement sur le blog. A suivre, donc.

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"Petit à petit, je perds toute envie: de parler, de bouger, de m'occuper de mon mari, de mes enfants, de ma maison... Le plus difficile c'est de commencer la journée. Je me réveille en proie à l'angoisse. Je n'ai pas la force d'y aller. Je ne veux plus de ces contraintes horaires, de ce bruit, de ces affrontements, de ces gestes cent fois réitérés. Je ne veux même plus voir mes enfants. Je ne veux plus rien donner: ni temps, ni mots. Je veux être seule, dans le silence..."

Cet ouvrage est un récit poignant, le témoignage courageux d'une mère. Stéphanie Allenou nous livre sans tabou ses sentiments d'isolement, de doute, de peur et les moments de perte de contrôle, de violence ordinaire qui ont fait son quotidien avec ses enfants. Elle nous révèle alors son désarroi face à cette part étrange d'elle-même, et dénonce notre société qui idolâtre la maternité en oubliant la mère. Mais son discours est aussi un témoignage d'optimisme qui veut prévenir le fléau du "burn out maternel". Elle suggère des solutions pour entourer les mères épuisées et les encourage à oser dire leurs difficultés.

Stéphanie Allenou est éducatrice spécialisée, mère de trois enfants et aujourd'hui créateur d'entreprise. Mère épuisée est son premier récit.

VIDEOS:

. JT de 20h sur France 2. Edition du jeudi 10 mars 2011 (minute 28:30): http://info.francetelevisions.fr/

. M6. Lundi 28 mars 2011:
 http://video.fr.msn.com/watch/video/societe-meres-au-bord-de-la-crise-de-nerfs/13q4p1i48

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                      Diane BALLONAD ROLLAND

                    

 

 

 

Face à l'accélération du temps, prenons le temps de nous poser, osons ralentir, en soi, chez soi, mais aussi au travail, et commençons à nous réapproprier consciemment notre temps !

 

 

Je m’appelle Diane, j'ai 44 ans, je suis Coach professionnelle certifiée, spécialiste de l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, Consultante et Formatrice en Gestion du temps et Equilibre de vie depuis 2010, et je suis aussi la maman imparfaite de 3 enfants. Zen & Organisée, certes, mais je vous rassure, pas tous les jours et c'est tant mieux !

Mon coeur de métier est d'aider les femmes débordées, fatiguées, stressées par les contraintes de la vie quotidienne, à se réapproprier leur temps et à (re)trouver un équilibre. C'est ce qui porte chaque jour depuis plus de 7 ans aujourd'hui.

Créé en novembre 2010, ce blog propose, à travers des articles, des ressources, des interviews ou des ateliers interactifs en ligne, une réflexion et des pistes concrètes (avec exigence mais sans recettes miracles !) pour changer notre regard sur le temps, apprendre à ralentir, nous recentrer sur nos vraies priorités, prévenir l'épuisement et trouver un meilleur équilibre entre les exigences de la vie professionnelle, les obligations de la vie familiale et nos aspirations personnelles.

 

Je suis ce que l'on appelle une "entrepreneuse nomade", travaillant aussi bien dans le train que dans un café, dans un espace de coworking ou chez moi. C'est un mode de vie qui me ressemble, doux, libre et créatif, dans lequel je m'épanouis et peux donner le meilleur :)

Je me suis créée une vie professionnelle sur-mesure : mon quotidien aujourd'hui s'organise autour de différentes activités, toutes complémentaires. Chacune d'elles sans exception me passionne, qu'il s'agisse d'accompagner sur le chemin de l'équilibre et du sens, d'écrire pour mes blogs, de travailler à un nouveau livre, de concevoir un nouvel atelier en présentiel ou en ligne, d'animer une formation, grand public ou proposée par un organisme de formation, ou encore une conférence dans une entreprise.

Entière, intuitive, multiple, j'aime les choses simples et travaille avant tout avec le coeur et en accord avec mon ressenti.

Je ne triche jamais et privilégie l'authenticité, tant dans mon travail que dans mes relations. En réalité, je n'ai aucun mérite car je ne sais pas travailler autrement que dans la confiance, la bienveillance et le respect réciproques.

Si c'est aussi votre cas, nous avons toutes les chances de nous entendre et de faire un bout de chemin ensemble !
 

"L'étoile, c'est ce qui canalise nos énergies, c'est un appel à nous mettre en route, c'est une direction que nous ressentons comme juste au sens plein du terme, c'est une finalité dont découlent les objectifs et qui leur donne de la cohérence et du sens. Elle n'est pas forcément facile ni agréable à suivre, mais c'est elle qui donne du sens à notre existence et nous permet de faire du temps l'allié de notre vie." (François Délivré)

 

Ma box "Zen & Organisé" dans Happy Life Box

 

{Manifeste pour une vie plus douce} PDF à télécharger gratuitement

 

{Mes 50 Mantras pour se réapproprier son temps} PDF à télécharger gratuitement
{Se former au métier d'home-organiser} L'Académie des Pros de l'organisation

 

{Mon podcast audio} sur Soundcloud ou Apple Podcast

 

{Le temps et moi} Mon programme de méditation sur l'app Méditer avec Petit Bambou

 

Magical Timing au travail, Concilier sérénité et organisation (2018, Rustica Editions)

 

Magical Timing, l'art de retrouver du temps pour soi (2017, Rustica Editions)

 

J'arrête de procrastiner, 21 jours pour arrêter de tout remettre au lendemain (2016, Eyrolles)

 

 

 

Membre Fondatrice et Présidente de la FFPO