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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 06:58

 

LILIANE-HOLSTEIN_.jpg

 

 

Celles et ceux qui me suivent depuis le début le savent : j'ai fait le choix depuis la création de ce blog en novembre 2010 de vous parler du burn-out sous toutes ces formes : maternel, parental, professionnel.

Une façon comme une autre de faire de la prévention et de contribuer, à ma modeste échelle, à mieux faire connaître les processus qui conduisent à ces épisodes d'épuisement : savoir de quoi on parle précisément, apprendre à repérer les premiers signes pour pouvoir réagir au plus vite, reprendre espoir aussi grâce à des témoignages de femmes et d'hommes qui ont réussi à reprendre pied.

Comme dans ce billet d'août 2013, Burn-out maternel : quelques pistes pour s'en sortir, ou encore à travers les témoignages de Juanita ou d'Amélie...

Plus récemment enfin, en octobre dernier, je relayais ici même la parution du livre de Liliane Holstein, Le burn-out parental.

Suite à la parution de ce billet, nous avions, Liliane et moi, échangé à plusieurs reprises par téléphone et par mail. C'est avec grand plaisir qu'elle a accepté cette interview et c'est avec plus de plaisir encore que je l'accueille ici.

***

 

Bonjour Liliane,

Merci infiniment d’avoir accepté cette interview.

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ? Comment s’est-il imposé à vous ?

Depuis le début des années 2000, le nombre de parents venant consulter pour des difficultés à gérer leurs enfants, n’a cessé de s’accroître.

Mais depuis 4 ou 5 ans, j’ai senti une accélération  dans ce sentiment de désespoir de nombreux parents, accentué par une sensation de débordement dans tous les paramètres de leur vie parentale.

J’ai senti un tel désarroi chez de nombreuses mères, mais aussi beaucoup de pères, qu’il m’a semblé important d’écrire ce livre pour les aider à comprendre ce qui ce passe et trouver le  moyen de s’en sortir tout en retrouvant une vraie joie dans cette parentalité.

 

Quels retours avez-vous eus depuis la parution du livre ? Certaines réactions, positives ou négatives d’ailleurs, vous ont elles surprises ?

Les retours sont très positifs et je reçois de nombreux témoignages de parents qui se sentent mieux, moins culpabilisés et qui reprennent confiance en eux.

C’est comme si le tabou du burn-out parental commençait à tomber. Les parents osent en parler entre eux, échangent des idées, des conseils. C’est comme s’ils se regonflaient en confiance, en estime d’eux-mêmes.  Ils se sentent plus forts, moins dépourvus.

 

Avez-vous l’impression, dans votre pratique de psychanalyste, que le burn-out parental est un phénomène en progression ? Si oui, comment l’expliquez-vous ?

Oui effectivement, comme je l’indiquais dans la première réponse, le phénomène est en augmentation ultra rapide. Le burn-out parental est en train d’évoluer comme une traînée de poudre. 

Rien n’est fait pour faciliter la vie des parents. La vie professionnelle est de plus en plus stressante et pèse énormément sur le moral. La peur sous-jacente de perdre son emploi, les objectifs impossibles qui sont demandés dans les entreprises génèrent une tension interne très puissante, entrainant un manque de confiance en soi et une fragilité psychologique face à l’avenir.

La fatigue du quotidien, les routines, l’obligation de tout faire très vite, de zapper d’une chose à l’autre sans jamais rien approfondir, fragilise la résistance nerveuse et donne une sensation de perte de sens. Les couples prennent de la distance, chacun se retranche dans sa bulle. Toutes ces failles, les enfants les ressentent instantanément. Ils sont inquiets, tout en ayant l’impression de ne pas trouver leur compte  d’attention, de tendresse et de sécurité psychologique (et le fait de les sur-gâter matériellement n’arrive pas à les apaiser).

Ils manifestent leur inquiétude par des caprices, des problèmes de comportement, un rejet de l’autorité, des problèmes somatiques, des troubles de l’alimentation, du sommeil, des difficultés à l’école, des colères, de la violence, etc.

En fait, ces enfants ne savent plus comment alerter leurs parents sur le besoin de les sentir cohérents, assez solides pour les protégés de leurs propres pulsions internes agressives. Les enfants veulent des parents qui sachent les cadrer, les rassurer, prendre le temps de vraiment leur parler, leur apporter de la vraie tendresse.

Les enfants sont eux-aussi en quête de sens de la vie.

 

Comment prévenir au mieux, selon vous, le burn-out parental ?

En ralentissant le rythme pour soi et pour les enfants,

Cesser de se donner des challenges épuisants,

Se coucher tôt, avec un bon livre, oublier son smartphone, internet et son ordinateur, pour passer une soirée toute douce, à se parler vraiment, à  se détendre ensemble,

Avoir le temps de prendre soin de son couple, se rapprocher dans la tendresse. Se souvenir du rêve initial que vous aviez fait dans le début de la relation,

Accepter de demander de l’aide, à la famille, à des proches pour garder les enfants une soirée, un week-end pour souffler, se retrouver,

Avoir des activités à soi,

Sortir entre amis, sans les enfants, afin de pouvoir se détendre vraiment, et de parler sans être interrompu à chaque instant,

Se rappeler que l’adulte c’est VOUS et non pas l’enfant. Il n’est pas un adulte miniature.

 

A quels signes, ou symptômes, reconnait-on qu’une mère est en plein burn-out maternel ? Et chez les pères ?

Une mère en plein burn-out est souvent obsédée par la perfection sur tous les paramètres de sa vie de famille. Elle mène souvent tout son petit monde à un train d’enfer en croyant bien faire. Sans s’en rendre compte, elle s’épuise, sans pouvoir arrêter les exigences qu’elle se fixe et qu’elle fixe parfois à son entourage.

Elle oscille entre des sentiments d’amour fou, d’abnégation complète pour sa famille, puis le rejet, la sensation que ses efforts ne sont pas reconnus à leur juste valeur.

Elle se surprend à ne plus savoir s’exprimer autrement qu’en criant. La violence et souvent aussi présente.

Le père se sent perdu, il a l’impression que ses enfants, son couple lui filent entre les doigts. Il ne gère plus rien. Se réfugie dans le travail, son ordinateur, internet, les réseaux sociaux, du sport à outrance, mais aussi dans des addictions (alcool, médicaments, drogues,…). Nombreux pères en burn-out parental,  ne rêvent que d’une chose : fuir.

 

A quoi tiennent ces différences entre les pères et les mères ?

Ce sont les mères qui portent les enfants et tout naturellement, ils ont tendance à la solliciter en premier. Par ailleurs, les femmes se sentent rapidement coupables à la moindre occasion. Cela les fragilise beaucoup.

Elles peuvent avoir besoin inconsciemment de prouver à leur famille d’origine (mère, père, fratrie), qu’elles sont à la hauteur de leur tâche, voire même qu’elles sont capable de faire beaucoup mieux que leurs propres parents.

C’est une pression supplémentaire. Il y a un devoir de résultat, une obligation de réussite. Si les enfants deviennent un enjeu narcissique, ils le sentent et refusent inconsciemment de jouer ce rôle par des attitudes hostiles, de la désobéissance, etc.

Les pères sont sidérés et effondrés de voir la tournure que prend leur vie de couple et de parents. C’est plus la déception, la fatigue chronique, mais aussi l’impression de ne plus s’appartenir qui les dépriment gravement.

 

Quels premiers conseils donneriez-vous à une mère ou à un père qui pense être en burn-out parental ? Quel est le premier réflexe (s’il en existe un) à avoir ?

Le premier conseil est d’oser parler de sa tristesse, de son sentiment d’épuisement physique et moral. Il faut en parler à son conjoint, ses amis, sa famille, son médecin.

C’est un bon moyen de sortir de son isolement et de sa culpabilité envahissante.

Et surtout accepter d’être aidé(e), secondé(e).  Accepter de ne pas être héroïque en tous points.


 

Le burn-out parental LilianeHolstein-Editions Josette Lyon


 

On invite souvent ces parents à oser demande de l’aide auprès de l’entourage. Comment faire concrètement quand la famille est loin ou absente, qu’on élève seul(e) son ou ses enfants ou que le conjoint n’est pas disponible ? Quelle(s) alternative(s) quand on ne peut pas s’appuyer sur l’équation conjoint/famille/amis ?

Communiquer sur des blogs, pour pouvoir parler avec d’autres parents et ne pas se sentir seul(e). Cela permet de relativiser, de se déculpabiliser. Lire des livres qui donnent de bons conseils. J’ai voulu écrire ce livre justement pour venir en aide à tous ces parents qui perdent pied et qui n’ont plus confiance en eux.

Et parler vrai aux enfants, en leur expliquant que vous allez avoir besoin de leur attention, qu’ils en sont capables. Il y a une différence entre culpabiliser et responsabiliser. Même des très jeunes enfants peuvent comprendre si on prend la peine de leur expliquer pourquoi l’on ne se sent pas bien.

Lorsque l’on vit seul(e) avec ses enfants, il est possible de souffler, en les laissant partir en colonies de vacances. Ils apprécieront grandement, de vivre autre chose avec d’autres humains que leur parent.

 

Est-il possible de s’en sortir seul(e) (j’entends, sans l’aide d’un spécialiste) ?

C’est difficile de le faire sans l’aide d’un spécialiste du problème, car des résistances inconscientes font barrage à la compréhension et l’analyse de la situation. Il est indispensable de demander de l’aide à son entourage, mais également à son médecin ou à un thérapeute.

Pour conclure sur une note positive, le fait d’avoir repris pied après un burn-out parental nous change-t-il définitivement et nous rend-il plus fort ?

C’est incontestable, car cette période oblige à faire un état des lieux concernant sa vie.

Inévitablement, il faut se poser la question du sens que l’on veut donner à sa vie sur le plan qualitatif.  A la suite de ce burn-out, nombreux parents recadrent les relations familiales. Parfois, un véritable virage professionnel s’opère, les couples apprennent à se reconnecter, à se retrouver. De ce point de vue, cette dépression parentale peut rendre plus fort. On s’interroge beaucoup sur soi et par conséquent on apprend à mieux se connaître.

 

Merci Liliane !

 Un grand merci à vous !

 

Le burn-out parental, 2014, Josette Lyon - 19 €

 

 

 


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commentaires

Lilou 19/05/2016 23:55

Lacher prise ? Mais comment ? Quand on a un mari avec un boulot très prenant, qu'on est seule pour coucher les enfants. Moi j'ai envie de tout lâcher à 18h, je n'ai plus aucune énergie, mais je ne peux pas laisser les enfants sans manger, sans être lavés, ni se mettre au lit tous seuls. Et quand ils dorment enfin, il est presque 21h, il reste un milliard de choses à faire, et je n'ai toujours pas eu un seul moment pour moi. Je sens mon énergie vitale diminuer au fil des années, je n'en peux plus.

Anna 19/04/2016 15:31

Excellent article, déculpabilisant ! Je me suis retrouvée par moments (j'ai fait un burn-out il y a quelques années).
Le maître-mot: lâcher-prise ...

stephanie 07/03/2016 11:20

Merci d'en parler ouvertement, cela permet d'en prendre plus facilement conscience. Après, c'est dur de changer tellement nous sommes prises dans une spirale infernale où tout va toujours trop vite ... et le sentiment de culpabilité qui grandit également. On veut tellement bien faire pour nos enfants et essayer de se simplifier la vie (pour aller encore plus vite) qu'on en oublie l'essentiel ...

Steph 15/02/2015 14:43

Je viens de lire tous vos billets sur le sujet. Sensibilisée au burn-out professionnel par ce qu'ont pu vivre certaines personnes de mon entourage, c'est tout naturellement que j'ai tapé ce mot dans google pour décrire mon état actuel...
Merci pour tous vos témoignages, vos conseils et cette interview. Pour m'en sortir, je ne veux retenir que la fin: "cette dépression parentale peut rendre plus fort".

Zen et Organisée ! 16/02/2015 16:08

Et c'est une très belle conclusion, très juste... Merci pour votre visite, Stéph !

julie de la communauté de femme bretonne 11/02/2015 00:32

les femmes travaillent beaucoup et même trop au bureau et aussi a la maison avec les enfants

Zen et Organisée ! 11/02/2015 17:11



C'est vrai...



ch@ntal 10/02/2015 13:09

Très interessant comme article , en fait je me suis reconnue dans les symptomes. Cela fait peur .... Du coup je viens d'acheter le livre, j'espère qu'il m'aidera. Merci

Zen et Organisée ! 10/02/2015 14:36



Merci à toi, Chantal ! J'espère que le livre te plaira ;-)



cecile 09/02/2015 12:11

Merci de mettre des mots sur ce mal ! Ça permet déjà de faire baisser la pression d'un cran quand on prend conscience de ce qu'on s'impose (et ce que la société nous impose) en tant que mère.

Zen et Organisée ! 10/02/2015 14:35



C'est le but recherché en effet : faire redescendre cette pression, déculpabiliser, prendre conscience de ses propres besoins. A bientôt, Cécile !



NiniDS 09/02/2015 11:50

Merci pour le partage de cette interview, c'est très intéressant.
Bises et belle journée.

Zen et Organisée ! 10/02/2015 14:34



Bises, Nini !



sandrine 09/02/2015 11:44

Je vais partager cet article quand je publierais quelques témoignages sur mon blog la semaine prochaine. Un grand merci!

Zen et Organisée ! 10/02/2015 14:34



Merci de ta visite, Sandrine !



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                       Diane BALLONAD ROLLAND

                      contact@zen-et-organisee.com

 

Face à l'accélération du temps, prenons le temps de nous poser, osons ralentir, en soi, chez soi mais aussi au travail, et commençons à nous réapproprier consciemment notre temps !

 

Maman de 3 enfants, je suis Coach, Consultante et Formatrice en Organisation Personnelle et Gestion du temps. 

 

Créé en 2010, ce blog propose, à travers des articles, des interviews ou des ateliers interactifs en ligne, une réflexion et des pistes concrètes pour changer notre regard sur le temps, apprendre à ralentir, nous recentrer sur nos vraies priorités, prévenir l'épuisement et trouver un meilleur équilibre entre les exigences de la vie professionnelle, les obligations de la vie familiale et nos aspirations personnelles.


"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante." (Antoine de St-Exupéry)