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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 05:59


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J'ai beaucoup de plaisir aujourd'hui à partager avec vous le témoignage d'Amélie (prénom modifié), avec laquelle j'avais échangé il y a quelques mois via la page facebook de Zen & Organisée, puis que j'ai accueillie et accompagnée au cours de l'un de mes précédents ateliers "Mon temps et moi". 

Au cours de cet atelier, elle avait osé s'exprimer sur son histoire, en racontant brièvement son burn-out.
Plus récemment, et ce sont ses propres mots que je reprends, elle a commencé à écrire cette histoire, son histoire.

Elle y décrit à la manière d'un journal de bord, et de façon très juste,  les mécanismes du stress, de la fatigue. La détresse que l'on peut vivre dans une entreprise : l'obligation de résultat, de perfection, d'objectifs inatteignables, l'absence de reconnaissance.

 
Et surtout comment elle s'en est  sortie, quelles ressources elle a utilisées, quelles pistes elle a explorées.

Puis elle a eu l'idée de partager son histoire pour que cela puisse aider les autres femmes et hommes qui vivent cette expérience. Je lui ai donc ouvert le blog et je la remercie profondément pour cette confiance.


***


"Je viens de fêter mes 36 ans. Et plus que jamais, cet anniversaire a une saveur particulière. Il a le goût du renouveau, de l’envie, de la zénitude et d’une certaine forme de sagesse.

L’épreuve que j’ai traversée s’appelle le burn-out. Mais on pourrait l’appeler un ouragan ou un tsunami, parce que c’est comme une force de la nature qui se déchaine, qu’on ne voit pas arriver et qui peut tout dévaster.

 

C’est un état qui s’installe insidieusement, et qui nous grignote petit à petit.

Un stress qui monte crescendo, prend toute la place, jour et nuit, et qui conduit à une longue agonie dont on ne voit pas l’issue.

On parle souvent de burn-out chez les cadres, les chefs d’entreprises, ou les médecins urgentistes. Moi je ne suis rien de tout ça. Je suis juste « expert technique », je n’ai personne sous ma responsabilité. Mais ma vie de femme est très remplie, je suis mère de famille recomposée de 3 enfants… Ceci explique peut-être cela !

 

Dans un contexte économique difficile, le monde de l’entreprise peut être une vraie machine de guerre, un vrai bulldozer, et les dégâts collatéraux qu’il occasionne peuvent alors être considérables.

 

Ma boîte, comme beaucoup d’autres, est en difficulté. Il faut redresser la barre, travailler plus, plus vite, la pression de l’atteinte des objectifs est continue et pesante.

On me distribue des projets à mettre en œuvre à la pelle, avec des consignes peu précises et qui changent tous les jours.  

Je prends cela pour une marque de confiance. Je m’investis et travaille sans relâche.

Les objectifs l’entreprise deviennent peu à peu mes objectifs personnels. Je n’ai plus de recul.

Le temps devient mon ennemi. Mais je ne dis rien, en fait, dire « non » ne me vient même pas à l’esprit.

Les dossiers s’amoncellent, ma boîte mail déborde.

Je m’isole, je ne prends plus de pause-déjeuner.

Tout est en mode accéléré, j’ai l’impression d’avoir le vertige à longueur de journée.  

Un sentiment de honte s’empare de moi et ne me quitte plus. La honte de ne plus y arriver, de ne plus être à la hauteur, de ne plus savoir faire mon métier. Je n’ai plus confiance en moi.

A côté de cela, il y a ma vie de maman, les maladies infantiles auxquelles il faut faire face, les nuits saccadées, les devoirs, les repas, les activités, les disputes de cours de récré à régler, l’organisation de la garde avec l’ex-conjoint… Je culpabilise de ne pas arriver à tout gérer.  

 

Quand j’arrive sur mon lieu de travail le matin, il me faut 10 minutes pour quitter ma voiture, je pleure avant d’arriver à mon bureau, je pleure le soir en rentrant chez moi.

 

Je ne dors presque plus, je rédige mentalement, mes mails, mes notes de services. J’aimerais tant poser mon cerveau sur la table de nuit pour enfin dormir paisiblement, sans ruminer.

Je me dis sans cesse qu’il faut tenir, que demain, ça ira mieux, que cette situation va se régler. L’instinct de survie, sûrement…

 

Je me mets à chercher des solutions mais pas n’importe lesquelles : je veux pouvoir les puiser en moi. J’ai trop peur des traitements chimiques.

Je me mets à la méditation, chaque soir je médite au moins 5 minutes. Cette pratique est une révélation, elle m’apprend à ramener mon corps et mon esprit au calme. J’arrive alors à mieux gérer mes angoisses, et parfois à prendre du recul.  

La charge de travail est toujours très intense. Les réunions dans lesquelles je ne me sens plus à la hauteur, plus compétente,  plus à ma place, se succèdent. J’en fais des crises d’angoisse, je suis en état de panique continuellement. Chaque minute passée à mon poste de travail est une  lutte, une souffrance. Je pense alors au pire.

Heureusement, je m’accroche à l’idée que mes vacances annuelles ne sont pas loin. C’est ce qui m’aide à tenir. Je suis impatiente mais effrayée aussi : si je n’arrivais plus à déconnecter, si je n’arrivais pas à revenir après, si je craquais…

 

Dès mon arrivée sur mon lieu de vacances, je ne me sens pas bien.

Une immense fatigue s’abat sur mes épaules. J’ai de fortes migraines, des crampes. Et surtout, je constate rapidement que je ne parviens pas à couper avec mes dossiers en cours.

La première nuit, je ne parviens pas à dormir, je tourne et me retourne dans ce lit.

Je fais des exercices de respiration, mais je comprends vite que mon malaise est profond.

Le dimanche suivant, je pleure au petit déjeuner, puis à 10h, puis dans le pré, puis dans le jardin d’enfant, j’ai l’impression d’avoir un océan de tristesse à déverser.

Je décide de demander conseil au pharmacien du village qui me propose du millepertuis en comprimés. Pourquoi pas ?

Mais je me sens glisser encore, je sens le vide au fonds de moi et je déteste cette sensation.

La nuit suivante est identique à la précédente.

Je décide de me prendre en main, de me secouer et d’aller voir le médecin.

Il m’écoute patiemment. Je lui explique : une activité professionnelle accrue, le stress répété, les crises d’angoisse et de larmes de ces derniers mois.

Il me pose quelques questions. Puis il me dit d’un ton très assuré: «Vous voulez savoir ce qu’il vous arrive? C’est tout simple : vous souffrez d’un épuisement professionnel».

Il m’explique le processus, pourquoi j’en suis arrivée là: la fatigue, la vie trop intense et stressante, le travail, les enfants, et l’oubli d’être soi, de vivre aussi pour soi, sans soupape de décompression… et surtout le contraste énorme avec ce lieu de vacances, calme, en pleine nature. Arrivée à un tel niveau de fatigue, on craque, la chute est lourde et il faut alors remonter la pente.

 

Je crois que j’ai rampé et pleuré pendant une semaine, avant d’aller un peu mieux.

Puis j’ai décidé de me sauver, de donner un prix à ma vie.

J’ai suivi les consignes données dans les avions, en cas de dépressurisation : il faut mettre son masque à oxygène avant de secourir les autres. C’est finalement se mettre en sûreté avant de pouvoir sauver les autres.                  

Aujourd’hui je peux dire que je m’en suis sortie. Mais je ne serais probablement plus jamais la même. J’avance pas à pas, et j’essaie de toujours résonner au présent.

J’ai appris que la sérénité se cultive et s’entretient au jour le jour… Et les petits bonheurs simples sont les biens les plus précieux que l’on peut avoir dans sa vie.

 Avec mes loulous, on a fait un cahier des petits soleils, où l’on note un moment de bonheur, vécu seul, ou en famille que l’on a envie de garder en mémoire. On l'écrit pour ne pas l'oublier, et pour pouvoir le relire et se rappeler des belles émotions qu'on a ressenties."

                                                                                            Amélie

 

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commentaires

jennifer 06/12/2015 21:39

Bonsoir, j ai impression que c est moi il y a 15 jours. Journee de travaille a rallonge, enervement quand on rentre a la maison donc les enfants et le mari prends un peut dans tete. Et tout tourne autour du boulot et activite des fille et de la maison. Mais voilà un impossible même le week-end de deconnecter de ce boulot. J ai craque devant le medecin je tremblais de partout, pleurer. Une semaine d arret sinon hosto j ai pris l arret a contre coeur en pensant a mes colleges qui serai dans la merde. J ai etait assaume par les medicaments pendant 4 jours je ne dors pas avec celui qui devait le faire. On a modifié, j'ai ete chez un ostheo et une sophrologue ca m a fait du bien. Je suis retournee au medecin elle a voulu refaire un arret je l a refuse. Trop tetu. J ai repris conclusion de la première semaine la charge de boulot sera plus importe. Je me defoule dans ma voiture je cris avant de rentree a la maison. J ai encore besoin d aide ! Mais lesquel ! Jennifer

Sandrine 22/08/2015 09:12

Pratiquement même parcours, mais avec un plus un handicap invisible, qui vous ralentit au quotidien. Alors vous entendez régulièrement, "ben qu'est çe qu'elle a à fonctionner au ralenti" ou alors se faire convoquer par un supérieur et s'entendre dire " heu si vous pouviez avoir l'air moins nonchalante, et moins laxiste" heu oui sauf que ça s'appelle juste une maladie rare, et que oui effectivement je ne suis pas en fauteuil roulant mais la notion de handicap est lâ quand même.
Alors ca plus, lâ non reconnaissance, le toujours plus, la peur de décevoir, etre tjs dans la performance, ........ Et crac un jour violante agression verbale sur mon lieu de travail et là .... Plus rien, pas de réaction, car trop de violence et de haine en face de moi...... C'est surréaliste ... Cependant je ne m'en suis pas remise. Ça fait 2 ans. Ou plutôt si je m'en suis remise. Parcours long, douloureux, difficile, inimaginable par ceux qui n'ont pas vécu ce parcours, Mais en finalité tellement riche d'eneignement. En fait mon corps, de par la maladie, devait essayer de me,dire, stop, ça va trop vite, et ca c'est pas toi, tjs ds le contrôle, l'exigence, la performance, la soumission professionnelle, la peur et l'angoisse d'aller bosser, car les autres vont être meilleures qud moi. Au secours, maintenant que je vois tout cela de l'extérieur, je crie et revendique que la vie ce n'est pas ca, j'ai eu cette chance d'être très bien entourée, suivie médicalement et psychologiquement, et je m'en sors doucement mais sûrement. Je sais aujourd'hui ce que je ne veux plus vivre. Je refuse les gens et les situations toxiques.
La vie c'est aussi, de la douceur, du respect, de l'écoute, de la chaleur, de l'amour, l'amitié, ne rien faire, faire ce que l'on a envie, parler, rire, bref tout ces verbes paraissent tellement basiques et simples, mais ils ne faisaient pratiquement plus partie de ma,vie, ni de mon vocabulaire.
Aujourd'hui j'ai un projet de reconversion professionnelle et c'est bien d'avoir un projet qui respecte ces nouvelles convictions de vie.

Zen et Organisée ! 23/08/2015 17:34

Oui, Sandrine, la vie c'est aussi et surtout ça ! Quelle formidable capacité de résilience, bravo et beaucoup de bonheur dans votre projet de reconversion professionnelle !

BENOIT Michel 30/06/2015 09:37

Je suis Michel BENOIT et je travaille pour la société Hypersoft, qui conçoit et produit un outil
de collecte de données et d'affichage de rapports.

Je m'intéresse au burn-out de près et je cherche des personnes qui voudraient m'apporter leur témoignage. L'idée est de parler afin de fixer un contexte objectif et mesurable du burn-out, c'est à dire sans prendre en considération les aspects psychologiques personnels.

L'objectif est de déterminer certains seuils au-délà desquels la spirale démarre.

Merci de prendre contact avec moi

Bonne journée

Laurène 04/06/2014 10:43

Merci pour ce témoignage. Malheureusement les burn out professionnel arrive de plus en plus souvent. Le travail aujourd'hui prend une part très importante dans nos vie. Il est important de séparer
le travail de la vie privée et de relativiser pour ne pas se laisser emporter par le stress. Profitons de la vie et des belles choses qu'elles nous propose, trouvons un enrichissement au travail.
Je pratique beaucoup la relaxation pour combattre les situation de stress quotidienne, ça m'aide énormément.

Pat 28/05/2014 23:12

Merci Diane d'avoir ouvert ton blog et ainsi nous avoir permis de lire ce témoignage d'Amélie. Je lui souhaite de continuer une jolie route plus sereine.

Séverine 23/05/2014 22:29

Merci Amélie pour ce témoignage,simple et qui va droit au but!
J'ai vécu la meme chose l'année dernière,cette sensation de toucher le fond et l'impression que l on ne pourra plus remonter.J ai aussi remonter la pente,ça n a pas été facile mais je me sens
"nouvelle"...mais surtout j ai appris à m ecouter et profiter des petits bonheurs de chaque jour.

vivie 23/05/2014 11:23

Je découvre ce blog à l'instant. C'est cet article précis qui m'a attirée.
Les mots sont tout à fait juste.
Merci Amélie, merci de montrer que, lorsqu'on ne voit plus aucune issue, elle est pourtant bien là, elle existe, au fond de nous, et qu'il est possible de la trouver. Merci, du fond du coeur, de
témoigner, et permettre de constater qu'on est pas seule à se sentir dévastée par cet "Ouragan". Merci pour l'espoir que votre histoire transmet.

Zen et Organisée ! 27/05/2014 20:17



Merci pour elle ! Et ravie de vous accueillir sur le blog !



NiniDS 23/05/2014 08:41

Merci. Merci à Amélie d'avoir témoigné et partagé avec nous cet instant de vie où tout aurait pu basculer. Merci de l'avoir accueillie sur ce blog.
Elle a bien décrit la manière insidieuse dont s'installe l'épuisement, qu'il soit d'ailleurs professionnel ou pas, et finit par tout balayer sur son passage... je la félicite d'avoir pu s'en
sortir, et repartir, avec le soutien de ceux qu'elle aime. J'aime beaucoup l'idée du cahier de petits soleils...
Bises et belle journée.

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                       Diane BALLONAD ROLLAND

                      contact@zen-et-organisee.com

 

Face à l'accélération du temps, prenons le temps de nous poser, osons ralentir, en soi, chez soi mais aussi au travail, et commençons à nous réapproprier consciemment notre temps !

 

Maman de 3 enfants, je suis Coach, Consultante et Formatrice en Organisation Personnelle et Gestion du temps. 

 

Créé en 2010, ce blog propose, à travers des articles, des interviews ou des ateliers interactifs en ligne, une réflexion et des pistes concrètes pour changer notre regard sur le temps, apprendre à ralentir, nous recentrer sur nos vraies priorités, prévenir l'épuisement et trouver un meilleur équilibre entre les exigences de la vie professionnelle, les obligations de la vie familiale et nos aspirations personnelles.


"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante." (Antoine de St-Exupéry)