Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 05:45
Et si vous n'êtes pas (du tout) du matin ?

Dans mon dernier billet Réinventer ses matins en devenant morningophile du 29 mars dernier, je vous faisais part de ma réserve sur le raz-de-marée Miracle Morning, tout en vous invitant, bien évidemment, à tester la méthode par vous-même pour vous faire votre propre religion.  

J'aimerais dans ce second billet aller un cran plus loin et partager avec vous mon ressenti, même si j'ai bien conscience :

1- que la méthode originale, telle qu'elle est proposée par Hal Elrod, l'auteur de Miracle Morning, n'impose en aucun cas de se lever à 5h 30 et propose même une version condensée des 6 "Life savers" en 6 minutes (c'est quand même un peu short !).

2- qu'elle a manifestement changé la vie de milliers de personnes en permettant aux celles et ceux qui sont parvenus à l'adopter de s'offrir un temps pour soi salutaire et devenu indispensable à leur équilibre.

 

Il n'empêche...

 

Face à la multitude d’articles publiés en quelques mois sur la folie des morningophiles, l’un d’entre eux, paru dans le mensuel Management en juin 2016, a particulièrement attiré mon attention :

« Le diktat des lève-tôt : faut-il vraiment se lever tôt pour réussir ? »

Attention à la tyrannie des perfectionnistes ! Pour autant, doit-on accepter cette dictature d’une poignée de lève-tôt et se sentir tout penaud parce que le soleil brille déjà quand on ouvre les rideaux ? (…) Alors si vous décidez de vous rendre à un beforework, soyez sport : évitez de faire du bruit exprès ce matin-là et laissez votre partenaire dormir tranquillement. Rappelez-vous : le roupillon n’est pas plus un signe de décadence morale que de médiocrité !

Management (Juin 2016)

 

Je reste d'abord profondément gênée, je vous le disais dans le 1er billet, par cette injonction d'excellence, sensée nous protéger d'une menace terrible, j'ai nommé : la médiocrité !  

 

Le choix qui s'impose à nous est sans appel : soit nous continuons à faire partie du "Club des 95 %" qui choissisent la médiocrité, soit nous échappons à la médiocrité en faisant partie de la minorité des 5 % restants... en nous levant tôt pour nous créer la vie de nos rêves et exploiter notre plein potentiel.

 

Cette vision manichéenne de la performance, et plus globalement de la vie, ne trouve pas écho en moi...

 

 

De plus, m’intéressant de près, dans le cadre de mes activités, à la chronobiologie, je m’interroge également sur les répercutions à long terme de cette mode venue d’outre-manche, qui « incite à vouloir faire rentrer tout le monde dans le rang et donne l’illusion qu’on peut maîtriser son corps, son sommeil, sa santé, et même son épanouissement », pour reprendre là encore l'article de Management.

Les morningophiles sont décrits comme « des personnes curieuses et dynamiques, qui aiment créer et entreprendre ». Ce sont généralement des "trentenaires qui travaillent dans les nouvelles technologies, des entrepreneurs ou des artistes.

Leurs motivations varient : profiter du calme des premières heures, être plus productif, aborder la journée de façon plus sereine…"

 

Mais ces réveils ultra matinaux conviennent-ils réellement à tout le monde ?

 

Pas si sûr quand on sait combien il importe pour chaque personne de respecter ses besoins spécifiques, non seulement en termes de durée du sommeil, mais aussi de rythme : les risques d’hypertension, de diabète, d’obésité et de diminution des défenses immunitaires sont directement liés au manque de sommeil.

 

La majorité des personnes a besoin de dormir huit heures en moyenne, en général de 23 heures à 7 heures. Seule une poignée de petits dormeurs (20 % seulement) a besoin de moins de six heures par nuit.

Entre le temps libre du soir et le temps libre du matin, il vous faudra donc choisir, sous peine de déséquilibrer votre rythme biologique personnel.

Selon Joëlle Adrien, neurobiologiste et présidente de l’Institut national du sommeil et de la vigilance, contraindre son horloge biologique interne est délicat : « On peut la modifier un peu, mais au prix d’une régularité sans faille. Réglée génétiquement, elle reviendra toujours naturellement à son rythme. »

Si l’idée de vous lever tous les matins à 5 heures 30 (ou même à 6h !)  pour lire, aller courir ou méditer ne vous enchante guère, rassurez-vous, votre vie n’est pas foutue pour autant, pas plus que vous n’êtes un loser ! Relevez la tête et regardez plutôt les autres marges de manœuvre dont vous disposez dans votre agenda : pause méridienne, fin de journée, soirée, week-end, journées off, temps dédié à la réflexion en cours de journée, les occasions ne manquent pas.

Ne vous conformez pas aux diktats imposés par la société, bousculez les codes et choisissez plutôt, une fois vos réelles contraintes identifiées, le rythme de vie qui vous correspond, à vous, indépendamment des modes et des recettes clés-en-main, aussi séduisantes soient-elles.

Et pour illustrer mes propos, voici le témoignage de Cécile, qui m'a fait part, dans l'un de mes ateliers, à la fois de la difficulté qu'elle a toujours eue à se mettre en route le matin (et de la culpabilité qu'elle en éprouve !) et des différentes pistes qu'elle s'est enfin autorisée à explorer afin d'être plus en phase avec ses rythmes et besoins biologiques.

 

Mon problème principal n’est pas tant l’organisation que la culpabilité de ne pas avoir de rythme imposé. C’est cette culpabilité qui m’empêche de respecter mon besoin de sommeil quand il faut dormir plus, de prioriser mieux et d’accepter que le travail efficace ne signifie pas être devant son ordinateur 7 heures par jour, juste parce que « le chef d’entreprise est censé travailler énormément pour réussir ». En fait, si je priorise bien mes actions, je peux me permettre de travailler autant qu’aujourd’hui, mais en me sentant satisfaite et en incluant mes loisirs et le sport d’une façon plus flexible.

Je suis piégée par l’idée que je suis quelqu’un d’intrinsèquement fainéant qu’il faut obliger à travailler et faire rentrer dans des cadres, je me demande si, finalement, ce n’est pas juste mon regard sur l’organisation qui pose problème et m’empêche de mettre des loisirs et du plaisir dans mon emploi du temps parce que je pense que « je n’en fais jamais assez ». Je n’avais jamais vu les choses comme ça avant …

J’ai remarqué que si je prends le temps le matin sans culpabiliser, je suis en meilleure forme, je suis beaucoup plus sympathique. L’après-midi est souvent suffisant pour accomplir ce que j’ai à accomplir et finir à 18h. J’ai alors toute la soirée pour moi. Si je suis honnête avec mes priorités, je n’ai pas tant à faire que ça pour que les choses fonctionnent.

Je suis quelqu’un de très efficace, et travailler de longues journées me vide de mon énergie. Ça me dérange moins de finir plus tard si j’ai une deadline*, mais depuis toujours, je suis incapable de me lever plus tôt pour le travail (même pour réviser un examen ultra important).

J’ai besoin de beaucoup de sommeil pour être en forme et d’une vie sociale pour bien fonctionner. Je me sens toujours très inefficace le matin, peu importe l’heure à laquelle je me lève, j’arrive toujours assez tard au boulot. Pour arriver tôt, la seule solution est de me lever à l’aube ou de ne pas suivre de rituel particulier : douche puis go.

J’ai aussi deux manques : l’impression de ne pas avoir le temps pour le sport, pour les loisirs, alors que je n’ai pas non plus l’impression de bosser comme une dingue sur mon business.

Je voudrais garder une ou deux de ces matinées pour apprendre et devenir encore meilleure dans ce que je fais. Cela me manque de ne pas me former plus. J’ai plusieurs cours excellents que je n’ai pas eu le temps de finir, je rêve de me mettre en mode « étudiante » quelques heures par semaine.

Ce que je veux :

• Du temps pour apprendre
• Du temps pour mes loisirs
• Du temps pour le sport


J’aimerais tester de ne pas travailler le matin avec l’autorisation officielle de faire ce qui me nourrit et qui ne s’apparente pas au boulot.

* échéance

Le témoigne de Cécile, jeune entrepreneuse qui travaille dans un espace de coworking

* Extrait tiré de mon dernier livre, Magical Timing - L'art de retrouver du temps pour soi (2017, Rustica Editions)

Partager cet article

commentaires

Aline - Graphiste illustratrice 13/04/2017 21:19

Ah, ça c'est un article pour moi!
Peu importe l'heure où je me réveille le matin, je ne suis pas productive avant l'heure du déjeuner. Alors tant pis, j'accepte d'aller à mon rythme et ça me va très bien à moi, mon boulot et mes loirsirs (dont je m'en occupe le soir ou les week-ends!)
Après étant une entrepreneure célibataire sans enfants, j'ai la chance d'avoir plus de temps pour moi. <3

Naïma 10/04/2017 14:51

Voila enfin un article sensé, qui sort de la pensée unique. Un livre qui a fait couler tant d' encre toujours dans le meme sens.Personnellement jsuis davantage chouette que poulette. Je ne vois pas l intéret de me faire violence pour un soi disant gain d efficacité en bafouant mon rythme biologique naturel. Merci Diane !

Fanny 06/04/2017 14:53

Lorsque "Miracle morning" est sorti en librairie, tout mon entourage s'est rué dessus. Bizarrement, je n'ai pas été très attirée par le livre. Par curiosité, j'ai décidé de l'ouvrir mais j'ai très vite senti que cet ouvrage n'était pas pour moi. Moi ...la lève-tard, celle qui a besoin de ces trois tasses de thé avant d'ouvrir une paupière, et de ces 45 mn de yoga pour se sentir bien dans son corps. Et tout ça, non, je n'arrive pas à le faire à 5h30!
Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Mais quel sentiment de culpabilité et de dévalorisation quand j'ai constaté que je n'y arrivais pas...
Aujourd'hui, je le dis sans aucune honte, le "miracle morning" ce n'est pas pour moi. Me lever à 5h30 voir 6h00 est beaucoup trop tôt. Mon organisme ne le supporte pas, je traine une fatigue constante dans la journée, et ça m'épuise.
Alors moi, mon yoga, ma méditation et mes tasses de thé je les prends plus tard dans la matinée, quant tout le monde s'énerve dans les bouchons...
Et je m'en porte mieux comme ça ;).

Fanny

Leya 06/04/2017 12:42

Cet article est très intéressant. Je me retrouve complètement dans le témoignage de Cécile. Cette nécessité de vouloir travailler un grand nombre d'heures quand on est auto-entrepreneur pour se sentir en sécurité et surtout ne pas culpabiliser. Le problème est que l'on se compare trop aux autres alors que finalement, chaque profession est différente et peut être sans doute adaptée selon nos besoins. Ne soyons pas effrayés d'adapter notre vie à nos envies et nos besoins, au lieu du contraire.

Zen et Organisée ! 06/04/2017 13:35

Voilà qui est (bien) dit ! Merci Leya pour ce partage :)

Marjorie - Dessine-moi une Carrière 06/04/2017 11:44

<3 Merci <3

Zen et Organisée ! 06/04/2017 12:12

❤️

           LR3-0332.jpg

                       Diane BALLONAD ROLLAND

                      contact@zen-et-organisee.com

 

Face à l'accélération du temps, prenons le temps de nous poser, osons ralentir, en soi, chez soi mais aussi au travail, et commençons à nous réapproprier consciemment notre temps !

 

Maman de 3 enfants, je suis Coach, Consultante et Formatrice en Organisation Personnelle et Gestion du temps. 

 

Créé en 2010, ce blog propose, à travers des articles, des interviews ou des ateliers interactifs en ligne, une réflexion et des pistes concrètes pour changer notre regard sur le temps, apprendre à ralentir, nous recentrer sur nos vraies priorités, prévenir l'épuisement et trouver un meilleur équilibre entre les exigences de la vie professionnelle, les obligations de la vie familiale et nos aspirations personnelles.


"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante." (Antoine de St-Exupéry)