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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 10:07

 

 

Lundi 16 novembre. 8h 45. Je suis au café, comme d'habitude, pour démarrer ma semaine. Au programme aujourd'hui, préparer l'atelier d'1h 30 sur l'équilibre vie pro / vie perso que j'animerai demain après-midi à l'occasion des 20 ans du Club des Créatrices de l'Hérault et mon intervention d'1h en direct demain soir à RCF Hérault pour une émission sur le burn-out.

 

Oui mais... 

 

Ce lundi n'est pas un lundi tout à fait comme les autres. Maux de ventre au réveil, sentiment de gueule de bois (au sens propre, comme si j'avais vraiment bu la veille... ), nausées... Je suis au café et je n'arrive pas à centrer mon attention sur mes priorités du jour. Le coeur n'y est pas. Le cerveau non plus.

Bien sûr, la vie reprend son cours, les enfants sont retournés à l'école, mon mari au travail et je le sais, ma semaine est très, très chargée. Mais comment faire comme si de rien n'était. Comme si rien ne s'était passé...

J'avais décidé de ne pas écrire sur les événements de ce week-end, craignant d'être déplacée, de ne pas trouver les mots justes. Mais je suis incapable ce matin de faire et de penser à autre chose. Puis je me suis dit que parmi les personnes qui me lisent ou avec lesquelles j'échange via les réseaux sociaux, nous partagions probablement le même sentiment de déconnexion en ce lundi matin... Alors, j'écris, pour exorciser ma peine, ma peur aussi.

 

Je suis au café et je ne peux me détacher de mon fil d'actualité où inlassablement, je revois les visages de ceux qui sont partis vendredi et samedi. Ces 129 personnes qui comme moi ont terminé leur semaine en prenant du bon temps avec leurs amis ou leur famille mais qui ne reprendront pas leurs activités en ce lundi matin. Autant de vies qui se sont définitivement arrêtées ce week-end.

Je ne peux m'empêcher de penser à leurs proches dont la vie ne sera plus jamais comme avant et qui eux non plus ne pourront pas reprendre leurs activités "comme si rien ne s'était passé". 

Ce sentiment, d'être dévasté alors que la vie autour de soi reprend son cours, je l'ai malheureusement connu à plusieurs reprises mais il n'a jamais été aussi vif que quand mon frère, de 5 ans mon aîné, est parti à l'âge de 30 ans en septembre 1999. Je me souviens comme si c'était hier du sentiment de colère qui m'étreignait à voir les gens vivre normalement autour de moi, dans les rues, dans les restaurants, dans les cafés, alors même que je venais de perdre mon frère... Ils n'y étaient pour rien, je le savais, mais j'avais envie de hurler de rage.

 

Ce vendredi soir, j'étais avec mon mari au restaurant. Nous fêtions nos 22 ans de couple, sans les enfants. Nous sommes rentrés tôt, suffisamment tôt pour voir la fin du match, puis l'horreur, qui nous a fait veiller une partie de la nuit.

Depuis 22 ans, le 13 novembre était "notre date" à nous, que nous célèbrions chaque année (ou presque). En souvenir d'un premier baiser donné rue de la Roquette à Paris, dans le 11ème précisément. Notre quartier dans lequel nous avons vécu près de 10 ans avant de venir nous installer sur Montpellier en 2001. 

Aujourd'hui, cette date ne sera plus seulement notre date mais celle d'un triste jour que personne ne pourra oublier.

 

Le XIème était donc notre quartier, j'ai travaillé rue de la Roquette, j'ai passé de nombreuses soirées rue de Lappe, mon QJ était "L'Anvers du décor", à l'angle de ces deux rues (je ne sais pas si ce café existe toujours), je connaissais tous les cafés, les bars et restaurants, j'ai suivi une partie de mes études là-bas aussi, j'y ai rencontré mon mari, j'ai vécu de nombreux évènements citoyens ou festifs Place de la Bastille, mes deux aînés sont nés dans le XIème, déclarés dans cette même mairie.

Nous avons aussi vécu de près les attentats de 1995 et 1996, et la peur. Saint-Michel que j'empruntais tous les jours pour aller à la Sorbonne Boulevard Saint-Michel, puis Boulevard Richard-Lenoir près de Bastille et à la station Port-Royal (le station qu'empruntait mon mari pour aller travailler, juste en face, à la Closerie des Lilas). Je me souviens d'avoir été prise de panique à 3 reprises et d'être descendue d'une rame de métro, imaginant, à tort, une bombe dans un sac à dos...

De ma vie parisienne, j'ai gardé un mode de vie, celui de m'installer aux terrasses de café pour discuter, refaire le monde ou écrire, ou au bar d'une brasserie pour déguster mon café avant d'aller travailler. Quand je retourne sur Paris pour mes déplacements professionnels, je réserve toujours ma chambre d'hôtel dans le XIème, je retourne dans les mêmes brasseries, à Bastille ou rue de Charonne, j'anime même mes formations en présentiel là-bas, j'y retrouve mes repères, je suis de nouveau chez moi.

 

La vie va reprendre son cours et c'est la meilleure chose que nous ayons à faire mais en ce lundi matin pas tout à fait comme les autres, mon coeur et mon âme vont à ceux dont la vie s'est arrêtée ce week-end.

Ce matin, maintenant que mes enfants sont à l'école, je m'autorise à me sentir fragile, vacillante, angoissée pour mes enfants, pour les menaces à venir. Mon corps, lui, ne feint pas : depuis ce matin, j'ai froid, je tremble, sans raison. Je retrouverai mon centre demain.

Pardonnez-moi ce billet imparfait et un peu plus personnel que d'habitude mais j'avais besoin de me sentir reliée. A vous. A eux.

 

Prenez bien soin de vous et aimez-vous. Profitez de chaque instant et vivez chaque jour comme si c'était le dernier.

 

Diane

 

 

 

"En faisant scintiller notre lumière,

nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant"

(Nelson Mandela)

 

 

 

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Signé par Diane de Zen et Organisée ! - dans Billets d'humeur
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commentaires

juanita 24/11/2015 09:47

10 jours après, les larmes coulent encore. Cependant, j'ai pris le parti d'aimer encore plus mes proches, de jouir encore plus de la vie, de rire, de pétiller, de RÉSISTER.
Merci Diane, pour ce billet "imparfait et personnel", comme tu le dis. Les épreuves de la vie, de la nôtre, celle des autres, me font encore plus profiter de l'instant.

Richard 21/11/2015 21:42

Merci

Stéphanie 16/11/2015 22:22

merci Diane pour ce post, tu as trouvé les bons mots pour exprimer notre état, je suis sonnée, en état de choc. L'émotion m'a reprise à midi pendant la minute de silence, mais c'était une émotion réconfortante, je sentais les vibrations, la solidarité émaner du groupe avec lequel j'étais. Nous sommes debout et le resterons.
#prayforParis

Nadège 16/11/2015 14:32

merci pour ce post ... je crois qu'en ce lundi matin, nous sommes très nombreux à essayer de trouver comment continuer à vivre après ce 13 Novembre 2015 ... avec évidemment toutes nos pensées pour les victimes, les blessés et leurs famille.

Isabelle 16/11/2015 12:59

Merci Diane pour ces mots, j'ai moi aussi connu bien trop de fois ce sentiment d'être dévastée et que le monde autour bouge, avance, mais pas au même rythme que moi... Comme toi, j'ai perdu mon frère, des amis, des membres de ma famille,... tous à un âge où on a encore plein de choses à vivre... Aujourd'hui et,oui c'est vrai ce matin, alors que le rythme du quotidien prend sa place, nous sommes tous dévastés et "à côté de nos pompes".
Pensées pour les familles des victimes, leurs proches, leurs amis... Aujourd'hui, le monde s'arrête pour eux. Un jour à la fois... #PrayForParis

Zen et Organisée ! 16/11/2015 13:17

Oui, c'est exactement cela : un jour à la fois... Merci Isabelle.

Karine 16/11/2015 12:55

Je ressens la même chose. J'ai quitté mon travail peu avant midi pour rejoindre l'Hotel de Ville ici, observer et partager cette minute de silence avec des collègèes, des inconnus, des passants qui se sont arrêtés en voyant ce rassemblement. Je reste aussi sans mots devant tout ça et ça réveille aussi les mauvais souvenirs de 1995, de la ligne B que j'empruntais chaque jour y compris ce jour-là ou par une chance inouïe je me suis trouvée dans une rame précédente.

Zen et Organisée ! 16/11/2015 13:17

Merci pour ton partage. A vous lire et à lire d'autres témoignages, je me rends compte combien nous sommes tous si proches et si semblables, avec des vies qui se ressemblent, qui se côtoient. Ca fait du bien et ça réchauffe le coeur ! Bises

pat 16/11/2015 12:09

Juste <3 car les larmes brouillent ma vue, je ne peux rien écrire de plus....

Zen et Organisée ! 16/11/2015 12:19

Je t'embrasse fort, Patricia <3

Beatrice 16/11/2015 11:50

Tout y est... un superbe quartier à célébrer, cette gueule de bois, le lâcher prise une fois les enfants à l'école... un pas devant l'autre, aujourd'hui en effet, pas tellement envie de refaire le monde, de penser, de vivre et d'aimer.
Avec toute ma tendresse Diane

Zen et Organisée ! 16/11/2015 11:53

Une tendresse réciproque, Béatrice... Merci.

isabelle 16/11/2015 11:45

Merci Diane,
Je me sens pareil groggy... incapable de travailler chez moi, seule. Je réfléchis encore à savoir comment je vais vivre ma minute de silence dans 20 mn. Comment me senti connectée à la France. Moi aussi j'ai peur. Peur et combative, drôle de mélange. Convaincue que notre mode de vie de francilien ne changera pas, ne doit pas changer mais glacée de me dire que mon fils était au Bataclan il y a tout juste 2 week end, et qu'il retournera faire la fête bien sur !

Zen et Organisée ! 16/11/2015 11:47

Je penserai à toi, pendant cette minute de silence, je serai seule aussi chez moi et pourtant profondément reliée à tous ceux qui en France et ailleurs la vivront en même temps que nous...

camy 16/11/2015 11:41

Bonjour, je vous suis que depuis récemment, mais j'aime vous lire, votre ton, votre discernement et vos conseils sans réserve me touchent et me parlent.
Un blog est personnel, et doit être une extension de vous, de vos pensées et je trouve bien que vous vous exprimiez à travers lui. Tout comme vous, ma vie a repris son cours, mes enfants sont parties à l'école, insouciant, comme une journée normale. Et tout comme vous, je n'arrive à me concentrer, mon coeur et ma tête sont avec les victimes de cette triste tragédie. Je n'arrivais pas à faire quoique ce soit du week end et me sens très fatiguée. Et pourtant il faut me ressaisir, montrer que tout cela m'attriste mais je reste debout, pour ma famille, pour mes amis, pour mon pays et pour mon avenir. J'espère pouvoir en parler un jour avec plus de légèreté, parler de cet évènement au passé, et voir tout ce que nous aurons accompli et construit depuis... Prenez soin de vous également. Camy

Zen et Organisée ! 16/11/2015 11:45

Merci Camy, nous en ressortirons tous (encore) plus forts et plus soudés.

Sabine 16/11/2015 11:28

Merci pour ce texte "personnel" qui nous ramène à l'essentiel : notre mode de vie ! Celui là même qui est remis en cause par ces terroristes.
Remettez-vous bien, la vie continue, il FAUT continuer, encore et encore !

Zen et Organisée ! 16/11/2015 11:31

Merci Sabine. Oui, bien sûr, il faut continuer ! Plus que jamais.

quentin 16/11/2015 11:23

<3

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                       Diane BALLONAD ROLLAND

                      contact@zen-et-organisee.com

 

Face à l'accélération du temps, prenons le temps de nous poser, osons ralentir, en soi, chez soi mais aussi au travail, et commençons à nous réapproprier consciemment notre temps !

 

Maman de 3 enfants, je suis Coach, Consultante et Formatrice en Organisation Personnelle et Gestion du temps. 

 

Créé en 2010, ce blog propose, à travers des articles, des interviews ou des ateliers interactifs en ligne, une réflexion et des pistes concrètes pour changer notre regard sur le temps, apprendre à ralentir, nous recentrer sur nos vraies priorités, prévenir l'épuisement et trouver un meilleur équilibre entre les exigences de la vie professionnelle, les obligations de la vie familiale et nos aspirations personnelles.


"C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante." (Antoine de St-Exupéry)